Nicolas Bertolami,  

P-DG d’ABC Informatique

Trente ans d'évolutions

Trente ans, une génération humaine, mais plusieurs à l'échelle informatique. Nicolas Bertolami évoque, à l'occasion des 30 ans d'ABC Informatique, son entreprise, les changements intervenus dans sa profession et, à travers elle, celles qui ont touché le transport de voyageurs.

Mobilités Magazine : Que représentait un ordinateur il y a 30 ans dans les entreprises de transport ?

Nicolas Bertolami : ABC est née grâce à la commercialisation de l'IBM PC XT. Dès lors, il n'y avait plus besoin de gros systèmes IBM. L'arrivée du PC a été une révolution. Les premiers ordinateurs avaient un disque de 10Mo et 640kO de mémoire vive sous MS-DOS. Cet appareil a permis d'implanter le PC chez les transporteurs : auparavant, tout se faisait sur papier ou avec des IBM AS/400. 

Les premières installations d'ABC se faisaient sur ce IBM PC. Dans les entreprises il y avait un ou deux ordinateurs. A l'époque, le concept même de réseau n'existait pas. Le PC servait d'outil d'archivage et de stockage de données ou pour l'automatisation de l'édition de documents : billets collectifs, facturation, gestion commerciale. Les utilisateurs au sein de l'entreprise étaient surtout dédiés au commercial. 

M.M. : Quand se fait la constitution des premiers réseaux ?

N.B. : Pour collaborer, il faut pouvoir échanger des données. Cela arrive au cours des années 1990. Le partage sur un même site est lié au développement des réseaux. Ensuite, grâce au modem, on passe à l'installation multi-site. Nous sommes alors en 1991. Le premier transporteur client d'ABC à franchir ce pas fut Ruban Bleu. A l'époque, ce fut la quatrième passerelle établie dans le pays par France Télécom ! Ginhoux sera quant à elle la première entreprise à avoir plus de deux sites reliés. On passe dès lors du stockage à la coopération. On note alors une hausse sensible de la productivité.  C'est là que l'outil informatique commence à se généraliser entre services et sites. » 

M.M. : Quels furent les premiers services concernés ? L'interface graphique joue-t-elle un rôle dans ce développement

N.B. : La fin des années 1990 est marquée par l'apparition de l'interface Windows 3.1. Cela généralise le déploiement du PC dans tous les services d'une société de transports. C'est en 1995 qu'apparaît ABC Planning. Avec l'outil ABC Planning, l’informatique prenait sa place au cœur de l'entreprise et de ses services : l'exploitation, mais aussi les R.H, voire les dirigeants. Désormais, toute la chaîne, du commercial à l'atelier voit ce qui se passe en amont et en avant. On est passé dans le domaine du temps réel. Puis l'évolution vers la prépaie : un énorme gain de productivité pour les entreprises. On a pu faire les comparaisons entre le prévisionnel et le réalisé via la lecture des disques puis l'apparition des chronotachygraphes numériques.

La prépaie arrive au début des années 2000. L'automatisation de celle-ci a contribué à faire remonter l'informatique dans la chaîne de valeur. Elle se rapproche de la direction de l'entreprise et met en avant les aspects stratégiques. Une bonne prépaie supprime toute saisie et vérification systématique pour se concentrer le traitement des écarts prévision/réalisé. Grâce à ce gain de temps, les paies peuvent être traitées en temps réel, garantissant une grande confiance des conducteurs. Grâce aux chronotachygraphes numériques, on a quasiment réduit à rien les litiges avec les conducteurs. ABC Prépaie est très automatisé et entièrement paramétrable, quel que soit l'accord d'entreprise, le fonctionnement de primes à l'échelon local, etc... ABC Informatique la propose en module optionnel dans la suite ABC Car . A ce jour 350 sites sont installés en prépaie. Mais chaque entreprise a ses spécificités, ses coefficients, etc... 

« Pour qu'une prépaie marche bien, il faut que l'outil de planning soit lui-même bien pensé. Réduire au maximum le décalage entre le prévisionnel et le réalisé est indispensable pour réduire les erreurs sur l'ensemble de la chaîne. La qualité de l'interface, la fiabilité et la puissance fonctionnelle du logiciel font la base de la robustesse de la chaîne. Cela garantit son exploitation maximale (et donc les gains de productivité associés). Une mauvaise interface ou une base peu efficiente favorisent les doublons, d'où des erreurs d'identification client. Idem sur les lieux : tout doublon crée des statistiques haut-le-pied peu fiables. Ces doublons ont souvent une cause liée à une recherche peu fiable ou fastidieuse. 

L'outil de prépaie permet de traiter en 5 et 10 fois plus vite l'édition des paies. Le retour sur investissement est potentiellement très rapide, y compris pour une petite entreprise qui peut davantage se concentrer sur le commercial ou l'opérationnel. 

M.M. : Quel a été l'impact global d'Internet ?

N.B. : La dernière évolution commence dans les années 2006/2007:c'est l'apparition de la connectivité permanente. D'abord entre terminaux puis avec les conducteurs de l'entreprise et maintenant entre véhicules.   

M.M :  Quel est l'impact d'internet dans les pratiques ?

N.B. : Le passage au temps réel est lié directement à la connectivité de machine à machine. Avec le temps réel, on peut anticiper les problèmes en exploitation ou en cours de réalisation. L'exploitation est désormais pilotée, elle gère exactement ce qui se passe sur le terrain au lieu de subir les évènements. Le SAE intégré amène les informations du terrain directement dans l'outil d'exploitation. Cela peut permettre d'anticiper les problèmes liés à la Règlementation Sociale Européenne (amplitudes, temps de conduite et de repos, etc.). Cela contribue à une forme de prophylaxie réglementaire vis-à-vis de la R.S.E. 

M.M : Pourquoi le PC a-t-il dominé le Mc Intosh d'Apple ?

N.B. : Pour que quelque chose soit pérenne en informatique, il faut que cela devienne un standard ouvert. L'histoire informatique est remplie d'échecs liés à des systèmes propriétaires fermés : Token Ring face à Ethernet ; IPX versus IP ; les processeurs RISC d'Apple face aux Intel x86 et dérivés. C'est un principe qui gouverne la stratégie d'ABC Informatique : c'est ultra important que l'on soit au plus proche des standards ,car c'est la garantie de l'interopérabilité pour le client. 

ABC Informatique laisse le choix d'acheter ou de louer des licences (SaaS) et de faire le choix d'une infrastructure classique ou en Cloud (IaaS). Aujourd'hui, ce qui est important c'est de donner aux clients le choix et la garantie de l'interopérabilité. 

M.M. : L'informatique a-t-elle révolutionné les échanges dans l'entreprise ? Quelle est la place de l'humain dans tout cela ?

N.B. :  Attention : l'informatique ne se substitue pas à l'intelligence et à la communication entre les gens ou services dans l'entreprise ! L'informatique reste un outil d'aide à la décision et à la gestion. Nos outils ont vocation à apporter les éléments pour amener les utilisateurs à prendre les meilleures décisions. 

L'informatique doit apporter une amélioration des conditions de travail et de la motivation pour les utilisateurs. Une informatisation réussie transforme profondément l'ambiance de travail dans l'entreprise. (une pensée très proche de la philosophie de Jacques Ellul sur l'impact du monde technicien, NDLR)

M.M. : Existe-t-il une taille critique pour franchir le pas de cet investissement ?

N.B. : L'informatique est pertinente quelle que soit la taille de l'entreprise, y compris celles avec dix véhicules ! La suite informatique permet des gains de temps générant de réels retours sur investissement. Il faut ici distinguer le cas d'une PME face aux grands groupes. Pour la PME, ce retour sur investissement se traduit par le temps dégagé pour les personnes clefs qui peuvent se consacrer à autre chose afin de générer un surcroît d'activité (ou une optimisation fonctionnelle).

Les entreprises de taille plus importante voient le retour sur investissement par la réalisation d'un travail donné avec moins de personnel. La traçabilité permet aussi de prendre le relais d'une personne en arrêt maladie ou en départ en retraite. C'est intangible mais assez fondamental. 

 

 

Quelle valeur accorder aux données ?

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Nicolas Berolami s'inquiète de l'évolution vers le « libre échange des données » ou sur leur  niveau de protection au sein des entreprises. Il a, sur ce sujet, un cri du cœur : « les données sont le trésor des entreprises ! En tant qu'entrepreneur il faut se poser les questions suivantes : qui a mes données ? Qui y a accès (l'éditeur logiciel ? L'Autorité Organisatrice?) ? Qui a le droit d'utilisation de celles-ci ? C'est une question très lointaine des préoccupations des dirigeants. On pense à tort, que comme la donnée ne pèse rien, ne se voit pas, elle n'a aucune valeur. C'est tout le contraire ! »

 

Il faut faire attention à tout ce qui apparaît gratuit : « Google a tué la concurrence avec GoogleMaps avant de multiplier ses prix, rappelle-t-il. Il faut aussi faire attention à ce que des données ne soient pas dehors : une fois que c'est fait, c'est très compliqué de faire machine arrière ».

 

Quelle conduite à tenir pour les acheteurs et entreprises ? « Lisez les contrats ! C'est important, aussi pour les données. Il faut y lire les conditions générales et  particulières. Posez-vous les questions suivantes : qui peut accéder aux données ? Est-ce que mon entreprise a un libre accès, illimité, à ses propres données  Peut-elle les rapatrier ? (…) Il y a également l'importance des services et de l'assistance. C'est quasiment aussi important d'avoir un bon service que d'avoir un bon logiciel. Exemple le passage le 15 mai 2018 à l'application du nouveau RGPD Européen».

TG Press9 rue du Gué - 92500 - Rueil-Malmaison

 

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