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Nathalie Courant, directrice générale de CarPostal France : 

" Nous visons 150 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2020 "

Arrivée dans l’Hexagone en 2004, la filiale française de CarPostal Suisse a marqué le paysage du transport urbain et interurbain de voyageurs sur la façade Est du pays. Nathalie Courant, directrice générale de CarPostal France, explique comment et pourquoi cette croissance, contestée par certains, devrait pourtant se poursuivre dans les mois et années à venir.

Propos recueillis par  Jean-François Bélanger
Publié dans Mobilités Magazine N°6, juillet 2017

Filiale de CarPostal Suisse, CarPostal France - créée en 2004 - est un opérateur de transport urbain et interurbain dans les agglomérations de taille intermédiaire. Le 12 avril dernier, elle a repris l’entreprise Trans Azur (quatre millions d’euros de chiffre d’affaires, 45 véhicules) basée en Provence. Poursuivant ainsi sa « logique de développement géographique » sur le territoire hexagonal. Une croissance qui ne devrait pas s’arrêter là. Nathalie Courant, sa directrice générale, fait le point avec Mobilités magazine.

Mobilités Magazine : quelle est l’origine de CarPostal ?

Nathalie Courant : CarPostal est né en Suisse, au début du siècle dernier. La Poste acheminait le courrier, les colis et les voyageurs. Grâce à la bonne notoriété de ce service public et à sa proximité avec les populations, les Cars Jaunes se sont très vite imposés dans le paysage de la Confédération, principalement dans le domaine du transport interurbain, mais également dans le domaine périurbain et accessoirement aussi dans le transport urbain dans quelques petites villes.
 

M. M. : pourquoi avoir choisi la France pour votre développement

N.C. : en 2004, sous l’impulsion d’André Burri, notre actuel président, nous avons emporté le premier appel d’offres d’une ville française voisine de la Suisse, à Dole (39). Puis, deux ans plus tard, nous avons remporté d’autres candidatures, à Haguenau (67), Bourg-en-Bresse (01)…

M. M. :  comment avez-vous gagné ces contrats ?

N.C. : à cette époque, nous avions proposé des modes d’exploitation innovante qui n’étaient pas encore très utilisés en France, comme le cadencement des horaires, l’intermodalité, les correspondances avec les TER…, tout en nous appuyant sur la culture originelle de notre maison-mère : ponctualité, qualité et proximité avec les exploitants et les clients.

M. M. :  aujourd’hui, où en est CarPostal France ?

N.C. : déjà, pour accompagner notre développement, nous avons déménagé en 2012 notre siège social sur un espace de 200 m2 situé à Saint-Priest, à côté de Lyon. Notre SAS, au capital de 18,2 millions d’euros, entièrement détenue par CarPostal Suisse, est la structure de tête d’une quinzaine de filiales. Six d’entre elles interviennent dans le secteur du transport interurbain et le tourisme : Rochette-CarPostal Loire (42), Grindler (38), CarPostal Isère (38), CarPostal Méditerranée (34), CarPostal Bourgogne-Franche Comté (39) et Trans Azur (13).
 

M. M. :  quelle est son niveau d’activité, et avec quels moyens ?

N.C. : à l’occasion de la célébration de nos dix ans de présence en France, en 2014, nous avions fixé la barre des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous l’avons atteint en 2016. Il représente environ 10 % du chiffre d’affaires de Car Postal Suisse. Aujourd’hui, CarPostal France compte 1200 salariés, dont une cinquantaine au siège social de Saint-Priest, pour 730 véhicules gérés, dont 570 en propriété, les autres étant mis à disposition par les autorités organisatrices.  

M. M. :  quels sont vos fournisseurs de matériel roulant et comment les financez-vous ?

N.C. : nous n’avons pas une politique d’achat systématique et nous sommes assez diversifiés : Iveco, Man, Mercedes, Dietrich, Van Hool… Ces investissements sont financés de manière classique, par crédit-bail et sur fonds propres.
 

M. M. :  où en est la transition énergétique chez CarPostal ?

N.C. : dans le cadre d’une expérimentation européenne, nous avons depuis quelques années, à Brugg en Suisse, cinq véhicules qui roulent à l’hydrogène. Mais nous avons des difficultés pour passer du stade des prototypes au niveau industriel. Du coup, nous testons parallèlement une cinquantaine de véhicules hybrides, fonctionnant à l’électricité et au gazole. Enfin, la navette électrique et autonome de CarPostal France roule, soit en exploitation, soit en démonstration pour des événements ponctuels comme le salon de la Mode à Paris, à Saint-Etienne (42) à la Cité du Design, au salon Made in Jura à Dole. Sous les couleurs de CarPostal Suisse, elle a transporté 11 000 voyageurs en une semaine au parc des Expositions de Hanovre, à l’occasion du salon Cebit.
 

M. M. :  les cars Macron vous ont inspiré ?

N.C. : non, car ils ne correspondent pas à notre modèle. Et il reste encore beaucoup mieux à faire avec les collectivités locales.
 

M. M. :   justement, aujourd’hui, avez-vous encore de nouvelles ambitions en France ?

N.C. : nous répondons systématiquement aux appels d’offres. Nous avons renouvelé 100 % de nos anciens contrats et, pour les nouveaux, notre taux de réussite sur nos candidatures se situe autour des 60 %. Partant de là, nous estimons notre chiffre d’affaires prévisionnel annuel autour des 150 millions d’euros en 2020, contre 100 millions d’euros aujourd’hui. Pour y parvenir, nous comptons autant sur la croissance de l’activité de nos filiales actuelles que sur l’acquisition de nouveaux contrats et des opérations de croissance externe.
Pour ces deux derniers secteurs, nous souhaitons nous concentrer sur nos zones de proximité, la façade Est de la France, ainsi que l’Ile-de-France, toujours pour respecter nos valeurs de proximité. Les réseaux d’agglomérations de taille moyenne figurent dans notre cible prioritaire.

 

M. M. :  comprenez-vous les actions en justice menées contre votre société par des autocaristes concurrents ?

N.C. : il y a eu beaucoup de fantasmes sur notre fonctionnement. La rapidité avec laquelle l’arrêt du tribunal de commerce de Lyon a été rendu exécutif, pour dix millions d’euros, nous a surpris et interrogés. Mais nous sommes davantage confiants dans l’appel que nous avons interjeté auprès de la Cour d’Appel de Paris, avec des magistrats professionnels. Une décision attendue dans le courant de l’année prochaine.