Marc Rovigo,    

DG du Syndicat Mixte des Transports en Commun de Belfort

Un MaaS simple
est possible ! 

Marc Rovigo invite à s’inspirer de l’expérience de Belfort, 50 000 habitants, pour mettre en place un MaaS (Mobility as a Service) sans investir dans des technologies coûteuses.

Mobilité Magazine : Comprenez-vous la volonté de beaucoup de villes de bâtir leur propre MaaS ?

Marc Rovigo : Oui et c’est vraiment dans cette direction qu’il faut aller. Pour qu’une personne dispose avant d’arriver dans n’importe quelle ville des informations nécessaires pour s’y déplacer et accède facilement à toutes les mobilités possibles. A Belfort, nous cultivons cette facilité d’usages multiples depuis quinze ans. J’ai le plus grand respect pour ce que je vois se développer sur le thème du MaaS, mais les solutions ressemblent parfois à des constructions d’ingénieurs. Cela peut finir par coûter cher. Helsinki, nous avons regardé. Tout dans un seul abonnement, excellente idée ! Mais derrière, l’agrégation des opérateurs est compliquée et c’est finalement très cher pour le citoyen. Plus près de chez nous, la Suisse a créé un abonnement pour se déplacer dans le pays tout entier, avec des clés de répartition financière entre opérateurs. Mais c’est la Suisse ! J’invite aussi à venir voir à Belfort ce que nous avons mis en place à notre façon, à notre échelle et avec les moyens du bord, depuis quinze ans. Une sorte de MaaS avant le MaaS.

 

MM :  En quoi l’expérience de Belfort est-elle particulière ?

MR : Nous sommes, en France, la seule autorité organisatrice à maîtriser nous-mêmes, la chaîne des mobilités : bus, vélo, voiture en autopartage. Nous les proposons en quantité telle et de façon si simple qu’ils apportent le même service que si les personnes en étaient propriétaires. De cette façon, elles en viennent à se passer de leur voiture.

Le bus, par exemple, c’est toutes les 7 minutes sur les deux lignes principales. Pas mal pour une ville de 50 000 habitants ? Les voitures en autopartage, elles sont 100, sans caution, sans abonnement pour 50 000 habitants. Nous voulions que les gens en disposent dans les 500 m autour de chez eux. Une étude poussée auprès des utilisateurs nous a indiqué qu’ils avaient changé leurs habitudes. Un bon nombre d’entre eux ont abandonné leur seconde voiture, certains même la première. Les quelque 300 répondants à notre enquête ont parcouru 400 000 km par an de moins dans la ville en voiture.

Autre exemple : les vélos en libre-service, 290 dans 31 stations jusqu’à la première couronne autour de Belfort. Résultat : 120 000 locations la première année, en 2014 ; 100 000 aujourd’hui. Et 14% parmi ceux qui ne l’utilisent plus se sont acheté un vélo. Le goût du vélo leur est revenu, pas besoin de location de longue durée.

Tous ces services sont disponibles avec une carte gratuite, notre Pass Optymo, utilisations facturées à la fin du mois et tarification très simple : 1 euro le voyage pour le bus ; 2 centimes la minute de vélo ; 1€ de l’heure et 20 centimes du kilomètre pour la voiture. Avec, pour le bus, des plafonds : 34€ par mois pour un salarié, 11€ pour un bénéficiaire de tarif social. Nous ajouterons bientôt le transport solidaire. Demain ce seront les TER, les taxis, les trottinettes, les gyropodes, que sais-je ? Les systèmes à mettre en place pour les gérer devront être ouverts mais permettre de maîtriser les coûts et respecter les finances publiques.

L’abondance d’offres et la facilité d’usage nous ont permis de passer de 4,8 millions de voyageurs en 2006, 9 millions d’utilisateurs aujourd’hui. Tout cela sans dépenser des fortunes.

 

MM : Vous avez une vision très publique des choses… ?

MR : Oui, c’est le choix qui a été fait quand Belfort a opté pour sa régie en 2006. Je comprends que l’on fasse autrement. Cela demande une très forte implication de l’autorité organisatrice. C’est aussi un état d’esprit, une grande vigilance quant aux deniers publics. A l’époque, passant en régie, dans la même épure financière, nous avons fait tenir 1 million de kilomètres en plus, la vitesse commerciale est passée de 14 à 21 kilomètres par heure, le nombre de kilomètres a été multiplié par deux pour chaque conducteur. Aujourd’hui, nous réalisons toujours le maximum de choses en interne. La plus grande part du développement informatique, par exemple, est l’œuvre de nos deux ingénieurs. Nous avons lancé le ticket par SMS sur smartphone.

 

MM :  Un MaaS peut donc se bâtir de façon peu dispendieuse ?

MR : C’est ce que nous pensons. Car les technologies peuvent coûter cher. Je ferais le parallèle avec la billettique. Quand nous l’avons remplacée par des « télépéages » pour chaque moyen de déplacement permettant de faire le lien avec le compte personnel des clients, la consolidation, la facturation, le paiement étant effectués en back-office, nous en avons été très satisfaits. Le post-paiement était impossible dans les billettiques standard pour les vélos et les voitures. Là, avec le MaaS, il va s’agir de mettre des données de mobilité en commun. Je sais bien que la loi LOM propose des avancées. Mais je vois difficilement les grands opérateurs comme la SNCF, Keolis, Transdev, ou la RATP partager l’intégralité de leurs données. Je comprends aussi qu’ils ne consentent pas aisément à se « séparer » de leurs clients. Cela va demander des accords compliqués. En ce qui nous concerne, à Belfort, nous passerons contrat, mais nous maîtriserons cette relation finale avec le client. C’est ce que nous avons fait avec Smoove pour les vélos et Vulog pour les voitures mais en marque blanche.

 

MM : Vous ne croyez pas, autre sujet, à la productivité d’un réseau par la meilleure exploitation de ses données ?

MR : Si bien sûr, mais je ne peux m’empêcher de penser que le cœur de notre métier est le transport du quotidien pour plus de 90% de nos clients. Il y a des limites à vouloir enchaîner les moyens de déplacement différents. A un moment, le client arbitre entre ce qui est faisable et trop compliqué.

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