Kneitz  

A l’origine est le tissu

Pierre Cossard

06/05/2019

Le siège est un composant essentiel du transport collectif. C’est à la fois sur sa disponibilité et son confort que l’on juge souvent la qualité de ce dernier. Mais avant le siège vient le tissu qui lui, donnera au mode sa personnalité. Une spécialité souvent méconnue, qui est pourtant la pierre angulaire du développement de Kneitz.

Installée au cœur des Alpes autrichiennes, la fabrique de tissus Kneitz est longtemps restée spécialisée dans la production… d’ours en peluche. Ce marché déclinant pour les productions européennes, l’entreprise s’est en partie reconvertie dès 1989 dans le tissu pour véhicules, avant de se concentrer en 2001 sur tous les modes de transport.

 

En 2016, elle est rachetée par le groupe Getzner Textil AG, dont elle forme aujourd’hui avec TFE Textil GmBH et E.Schoepf GmbH & Co KG la BU (entendez Business Unit, NDLR) « Mobility ».

 

Sur le marché européen, les tissus Kneitz sont aujourd’hui présents dans les collections de la plupart des constructeurs de cars et bus, « à l’exception, notable, de Temsa et Otokar », tient à préciser Thomas Recknagell (Key Account Manager).

 

Ils sont aussi fournis à tous les fabricants de sièges, tandis que le marché destiné aux clients finaux (les opérateurs, comme par exemple Flixbus), qui peuvent très bien choisir directement le tissu de leur siègerie auprès du fabricant, représente tout de même quelque 50% du chiffre d’affaires réalisé.

 

Kneitz s’installe par ailleurs depuis peu sur le marché des tramways, en travaillant directement avec les collectivités comme en Pologne, ou avec les industriels en Allemagne et en Autriche.

 

Enfin, le fabricant se positionne sur le secteur ferroviaire et sur le marché des camions, où il a déjà fait son entrée dans le catalogue de DAF. Avec ses différents marchés, l’industriel a affiché en 2018 un chiffre d’affaires de 35 M€, pour cinq millions de mètres linéaires de tissus vendus.

 

Recherche & développement permanente

 

Bien que toujours discrets, les tissus destinés aux transports font l’objet d’une constante évolution, souvent générée par de nombreuses modifications réglementaires. Au niveau des normes anti-incendie par exemple, si les velours de Kneitz sont déjà aux normes TÜV, les tissus dits plats, c’est-à-dire avec une couche spéciale appliquée, seront aux nouvelles normes dans le courant du mois de juin 2019.

Questions à
Bernhard Deutinger, directeur général de Kneitz​

MM : Quelle est la position de Kneitz sur le marché européen du tissu pour véhicule ?

B.D. : Sur le Vieux Continent, il existe cinq producteurs de tissus spécialisés, dont deux sont clairement restreints à leurs marchés respectifs, le sud de l’Europe ou les îles britanniques. Pour le reste, nous détenons aujourd’hui 50% de part de marché. Mais nous sommes aussi bien représentés à l’international, avec par exemple 40% des marchés australiens et néo-zélandais.

 

MM : Quelles sont justement les pistes de développement de Kneitz à l’international ?

B.D. : Nous misons beaucoup sur les pays de l’ancien bloc de l’Est, ainsi que sur le développement des marchés aux USA et dans toute l’Amérique du Sud.

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MM : Que pouvez-vous dire de la stratégie du groupe Getzner auquel vous appartenez ?

B.D. : Jusqu’à très récemment, le groupe était spécialisé dans la production de tissus africains et dans la chimie. Notre acquisition, et celles qui ont suivi, s’inscrivent dans une logique de diversification, qui se traduit par la création des diverses business unit et dans le fait que chaque filiale se développe sans concurrence interne sur son propre marché.

 

MM : Quelles sont les recettes propres au marché ferroviaire sur lequel vous vous êtes lancés récemment ?

B.D. : Nous devons mené un gros travail de relationnel auprès des différents acteurs, mais aussi travailler sur les appels d’offres afin d’être reconnus et choisis. Nous nous sommes lancés dans ce secteur il y a deux ans, et il s’avère très prometteur, car nous enregistrons déjà une croissance à deux chiffres…

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Suivez le fil des tissus Kneitz !
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Thomas Recknagel et Elisabeth Grenier-Laine, responsable commerciale pour la France.

En matière de lutte contre le vandalisme, Kneitz développe des tissus spéciaux pour les seuls marchés français et italiens, les Allemands par exemple, ayant résolu ce problème par l’installation de nombreuses caméras de surveillance dans les véhicules, souvent couplées à l’usage intensif des téléphones portables par les conducteurs qui alertent ainsi les autorités.

 

Pour répondre aux autres tendances du moment, l’industriel développe une gamme de tissus antibactériens, « même si nous tentons d’expliquer aux clients qu’un bon nettoyage vaut certainement mieux que l’utilisation de nombreux produits chimiques lors de la fabrication », explique Thomas Recknagel.

 

Enfin, en provenance du nord de l’Europe, arrivent maintenant une demande de tissus dits écologiques, qui posent un certain nombre de difficultés, notamment en matière de compromis chimique et de traçabilité des matières utilisées…

 

Et l’esthétique ?

 

Si le tissu est bien un produit industriel, très « normé » dans le secteur du transport collectif, il n’en reste pas moins un objet avant tout esthétique, c’est pourquoi les designers de Kneitz vont « pêcher » leurs idées dans les différentes fashion week qui rythment l’univers de la mode, avant d’adapter les tendances du moment à un univers un peu plus « conservateur ».

 

En la matière, cars et bus ont d’ailleurs évolué différemment ces dernières années. Si les premiers sont passés progressivement de gammes de velours plutôt gris ou neutres à des colories plus chatoyant, le bus suit une évolution inverse depuis l’arrivée de la transition énergétique, et notamment de l’électrique, comme si cette nouvelle technologie nécessitait de le rendre « plus sage » en termes esthétiques.