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Frédérique Ville,  Directrice Générale d’iDvroom :

Covoiturage : les Français sont prêts à passer à l’action !

Six mois après avoir lancé sa campagne « Débouchons la France », Frédérique Ville, la directrice générale de la filiale de covoiturage de la SNCF note un nouvel appétit des Français pour ce mode de déplacement. Qui pourrait très vite compléter le transport public dans bien des endroits.

Propos recueillis par Hubert Heulot
Publié dans Mobilités Magazine N°1, février 2017
 

Mobilités Magazine :  Votre présomptueux « Débouchons la France » de juin dernier a-t-il eu le succès que vous espériez ?

Frédérique Ville :  Oui, mais il faut rappeler en quoi il consistait : avant tout, un thème de sensibilisation pour donner l’envie du covoiturage. Six mois après, nous affirmons : oui, les Français ont cette envie de covoiturer. C’était aussi une campagne de mobilisation menée presqu’exclusivement par la voie du digital, avec un site internet dédié et les réseaux sociaux. A fin décembre dernier, elle a récolté moins de 300 signataires (286 exactement, ndlr). Mais le slogan a eu de l’écho. Nos utilisateurs, les « covoitureurs » inscrits sur notre site, y ont été sensibles. D’autres signes nous font penser que les Français sont vraiment prêts à passer à l’action. Le changement de mentalité est en cours. Nous l’avons vu clairement pendant le dernier pic de pollution et les journées de circulation alternée à Paris. L’utilisation de notre site a bondi. A chacun de ces épisodes de circulation difficile, le covoiturage fait de nouveaux adeptes. Nous engrangeons de nouvelles inscriptions d’automobilistes qui se déclarent donc disponibles en permanence pour covoiturer. Le recours au covoiturage progresse donc, même en dehors des périodes sensibles. Bref, les gens s’y mettent !
 

M. M. : Où en êtes-vous sur la taille de la « communauté » des « covoitureurs » inscrits dans votre base ?

F.V. : Nous finissons 2016 avec plus de 200 000 inscrits, le double d’il y a un an. Comme nous pensons à nouveau multiplier par deux ce chiffre en cette année 2017. Au dernier trimestre 2016, par exemple, le nombre de nouveaux inscrits a plus que triplé par rapport à ceux du premier trimestre. Avec 200 000 inscrits, nous estimons avoir passé un cap. Les « covoitureurs » sont de deux types. Il y a les réguliers, les « abonnés » en quelque sorte, comme dans le transport public, qui voyagent ainsi toute la semaine, et ceux qui covoiturent à l’occasion, quand ils en ont l’opportunité ou le besoin. L’usage se banalise. 


M. M. : Est-ce que ce sont des gens qui viennent du transport en commun ?

F.V. : Non, plutôt de la voiture utilisée auparavant en solo. Mais ce n’est pas une surprise. Y penser pour ceux qui utilisent déjà les transports en commun apparaît compliqué parce-que, dans tous les cas, la présence de l’automobile dans la chaîne impose une rupture de charge de plus. Cette communauté de « covoitureurs » que nous avons constituée, nous allons maintenant pouvoir l’animer. Il va devenir possible de lancer des initiatives pour qu’elle se développe.

 

M. M. : A quoi peut ressembler cette animation ?

F.V. : Nous venons de le faire entre Bourgoin-Jallieu et Lyon sur l’autoroute A43, dans une opération que nous avons baptisée « Pop & Vroom ». Sur un axe très encombré, dès que nous enregistrons 1000 inscrits, nous débarquons sur place. Nous créons une sorte de ligne de covoiturage avec différents arrêts, des points de rendez-vous qui peuvent être un parking-relais, une station de métro ou un arrêt de bus. Sur ce parcours Bourgoin-Jallieu/Lyon, nous en avons quatre, à l’Isle d’Abeau, Villefontaine, Chesnes et Bron. Nous lançons une application spécifique sur smartphone et distribuons des flyers auprès des automobilistes pour les inciter à se joindre à l’initiative. C’est comme une ligne de bus en somme, mais en covoiturage ! A Bourgoin-Jallieu, nous avons démarré en novembre dernier. Nous allons fonctionner ainsi pendant six mois. Si ça marche, nous ouvrirons d’autres axes autour de Lyon. Et d’autres villes en France nous ont contactés pour dupliquer l’opération chez elles.
 

M. M. : Finalement, vos clients, ce sont les entreprises ou les collectivités locales ?

Est-ce que ce type de service coûte cher à mettre en place ?

F.V. : Il faut un peu d’argent. Mais je vais vous répondre en donnant un autre exemple avec notre service en Seine-et-Marne. Celui-ci est installé avec la plateforme Covoit 77 dans les parties rurales de ce département relativement étalé, et nous y transportons l’équivalent de 100 bus par jour pour un coût beaucoup moins élevé.

M. M. :  Le covoiturage deviendrait donc une solution d’avenir dans la ruralité de notre pays ?

F.V. : Une solution même du présent ! Mais pas partout. Pour qu’il y ait des passagers, il faut qu’il y ait déjà suffisamment de voitures qui roulent. Ce n’est pas possible partout. Mais dans beaucoup d’endroits, oui. Ce n’est pas seulement une solution réservée à l’abord des grandes agglomérations. Chez iDvroom, nous avons choisi de nous concentrer sur ce qui nous paraît le cœur de métier, dès lors qu’un service est à organiser : la distance d’au moins 35 km. Dans ces conditions, c’est un vrai complément au transport public.

M. M. :  Quels ont été, selon vous, les grands événements du covoiturage en 2016 en France et dans le monde ?

F.V. : En France, c’est le passage à l’acte pour beaucoup de gens qui ne covoituraient pas auparavant. Dans le monde, c’est l’arrivée de très gros acteurs. Après le foisonnement de la fin de 2015 où des sites sont apparus parfois sur des niches toutes petites, 2016 a vu arriver de très gros acteurs du monde de l’automobile (comme GM rachetant Sidecar, ndlr) ou du digital, avec Google lançant sa propre application.

M. M. :  Quels événements pourraient favoriser le covoiturage en 2017 ?

F.V. :  La loi de transition énergétique impose le covoiturage dans tous les plans de déplacement d’entreprise à partir du 1er janvier 2018. Les sociétés planchent déjà sur le sujet. Toutes les collectivités cherchent des solutions au-delà de leurs transports publics. A l’abord des agglomérations, la libération de voies dédiées au covoiturage serait un incitatif puissant. Quant aux Régions, elles vont chercher des solutions pour leurs zones les plus éloignées du centre, et ce en connexion avec les TER. Et la solution, là encore, pourrait être le covoiturage. Il y a donc vraiment de quoi être optimiste !



 

Un marché de circonstance
Le marché du covoiturage courte distance se structure peu à peu en France, mais ne s’emballe pas encore ! En effet, si l’on en croit l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), il ne concerne aujourd’hui que 2 à 3% d’automobilistes. La circulation alternée mise en place à Paris en décembre dernier a, certes, boosté les applications : +100% d’utilisateurs pour Citygoo, +20% pour BlaBlaCar ou encore une activité multipliée par quatre pour iDvroom doublé d’une application mobile et dédié au covoiturage sur les trajets courts.