EvoBus Ligny-en-Barrois 

Une étoile dans la Meuse

Jean-Philippe Pastre

Les bonnes nouvelles sont rares dans l'industrie, encore plus dans la Meuse. Découvrir le site EvoBus de Ligny-en-Barrois et les programmes en cours ou à venir redonne le sourire. Preuve aussi que l'ancrage de Mercedes-Benz et Setra en France n'est pas que commercial mais aussi industriel.

Ligny-en-Barrois dans la Meuse. Y venir par la route fait traverser des paysages et villages à la Raymond Depardon. La désindustrialisation, la désertification, l'abandon des services (et transports) publics vous sautent ici à la figure bien davantage qu'une manifestation de gilets jaunes à la télévision. Et puis il y a au sud de Ligny-en-Barrois une usine aux bâtiment typés années 1970, avec des 150 000 m2 pleins de vie... Ses parkings extérieurs remplis de voitures, des camions amenant en flux tendus caisses en blanc et composants, les allées et venues d'autobus aux couleurs chatoyantes faisant, qui des roulages de tests, qui un parcage avant départ en clientèle. Tout cela atteste d'une activité fébrile. 

Avec 1481 véhicules complets fabriqués pour l'année 2018, l'usine de Ligny-en-Barrois bat son record historique de production. Et les perspectives pour 2019 sont résolument positives : l'objectif est d'atteindre les 2000 exemplaires Mercedes-Benz et Setra produits. Pourquoi une telle embellie ?

Plusieurs facteurs l'expliquent. D'une part la relative saturation du site de Neu-Ulm qui fabrique les autocars Setra de tourisme et de lignes interurbaines, d'autre part le démarrage du eCitaro à l'usine Mercedes-Benz de Mannheim. 

Ce dernier induit un ralentissement des cadences et une spécialisation qui nuit aux volumes. Bien que nous soyons ici dans le royaume du sur-mesure (une spécialité historique de Ligny-en-Barrois, due à ses origines Kässbohrer, à son rôle lors des transitions majeures comme le passage à Euro VI ou pour répondre aux appels d'offres) le volume devient significatif. En 2008, le site produisait 6 caisses complètes par jour (appelées unités chez EvoBus France). En 2018 ce volume est de 13 unités, avant d'atteindre les 16 caisses/jour en 2019. 

Le mouvement s'accélère : en 2014 l'usine célébrait son 15 000e véhicule de plus de 8 tonnes produit, en 2018 (le 21 décembre très exactement) elle fête le 20 000e ! La diversité des productions impressionne et rappelle étrangement un autre site « à culture de carrossier » : Heuliez Bus à Rorthais. 

Pascal Mertz, directeur de production, n'est pas choqué de cette comparaison et confirme que la culture Setra continue d'imprégner l'usine de Ligny-en-Barrois. Il faut bien ça pour jongler d'un Mercedes-Benz Citaro K à un articulé, puis revenir sur un Citaro Ü LE avant de devoir assembler un Setra MultiClass 400 UL. En 2019, le répertoire de l'usine va s'étendre avec l'entrée en lice des versions Citaro Hybrid sous 48V et, si le marché le demande, les version NGT au GNV. Dans ce cas, il faudra poursuivre les investissements avec la nécessité d'une station de remplissage GNC. 

Un investissement qui viendrait en sus des 7 M€ déjà budgétés pour 2019 dans l'amélioration de l'ergonomie des postes de travail, l'installation d'une nouvelle cabine de traitement sous caisse, de nouveaux bancs de géométrie et freinage, du déploiement du projet dit « Off-line » pour le montage des éléments peints et la fabrication intégrale (pour l'ensemble des usines du groupe EvoBus) des cabines anti-agression. 

Bien davantage que de l'assemblage

Contrairement à certains constructeurs qui revendiquent de façon débridée leur statut de producteur français mais ne font que du montage de sièges ou d'équipements SAEIV à bord, le site de Ligny-en-Barrois est bel et bien un site de production. Preuve en sont les 600 à 1200 heures nécessaires (suivant la complexité du modèle) à la fabrication d'un véhicule complet. Vu que 70% de la production part à l'exportation, elle contribue au Produit Intérieur Brut de façon significative. Un bureau d'études est sur site depuis 1990 pour répondre aux demandes des clients français (la France représente 30% des volumes produits ici), toute l'électricité, le montage, l'habillage, les finitions, les personnalisations sont effectuées dans les

35000m2 bâtis. 

En fait, seules les activités d'emboutissage, ferrage et peinture sont externalisées et proviennent pour l'essentiel de Mannheim. Le montage des sous-ensembles mécaniques et le mariage moteur-transmission sont faits ici. On peut d'ailleurs voir les ouvriers jongler entre le montage des moteurs horizontaux et ceux des moteurs verticaux au gré des commandes. A l'entrée on a une carcasse nue, à la sortie on a un autobus (ou un autocar) prêt à être livré en clientèle.

 

Le site développe des trésors d'ingéniosité en terme de méthodes pour augmenter la production à surface et qualité constantes : cette année, il est ainsi passé de 2 lignes traditionnelles de production à une ligne en double U. Ceci optimise les surfaces, garantit la fluidité, réduit le stress des opérateurs. 

Si on inclut la soixantaine d'apprentis, les intérimaires, les prestataires extérieurs en plus des permanents, le site fait vivre 900 personnes (504 salariés en CDI en 2018 contre 375 en 2013). Le directeur de l'usine, Joerg Wolf, confirme que le recrutement est un enjeu. Parfois parce que la formation initiale n'existe pas pour certaines spécialités comme pour les moquettiers chargés de préparer, appliquer et faire les soudures des revêtements de sol. D'où la présence permanente sur le site d'une soixantaine d'apprentis, BAC Pro ou ingénieurs. 

Un partenariat a été noué avec le CFAI de Bar-le-Duc (Meuse). Selon Joerg Wolf, un autre souci est le défaut de maîtrise de la langue allemande de la part des candidats. Un problème généralement résolu une fois les bons profils retenus dans le groupe : cours d'allemand... et immersions ou stages à Mannheim ou Neu-Ulm ! 

Pascal Mertz confirme que les salariés sont ici très fidèles à l'usine, avec très peu d'arrêts de travail ou d'absentéisme. Cela se traduit par une moyenne de 19 ans de présence sur site. L'héritage Setra Kässbohrer est plus que jamais actif dans la Meuse. Pour l'ancienne usine Roumeas, on demeure dans la métallurgie, une belle et noble reconversion.

 

TG Press9 rue du Gué - 92500 - Rueil-Malmaison

 

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