Olivier Michard, directeur commercial France et Europe du Nord Iveco Bus

“ Nous investissons sur

les marchés qui nous semblent matures ”

Mobilités Magazine : la transition énergétique frappe de plein fouet le secteur des transports collectifs. Iveco Bus semble avoir fait des choix claires et sélectifs concernant sa réponse industrielle aux demandes du moment. Pouvez-vous préciser votre stratégie ?

Olivier Michard : Il est vrai que l’ensemble des opérateurs et des donneurs d’ordres se posent aujourd’hui les mêmes questions : quelle technologie choisir et quand ? Mieux, nous sommes désormais consultés sur les infrastructures, preuve que la période est aux changements lourds. Dans ce contexte, Iveco Bus, en tant que constructeur généraliste, ne s’interdit rien. Nous constatons cependant que le gaz, en tant que carburant, a largement fait ses preuves, ce qui n’est pas le cas de l’électrique. En toute logique, nous misons donc sur cette technologie éprouvée à travers nos offres Urbanway et Crossway GNV.

Ce qui ne veut pas dire que l’électrique soit hors de notre champ d’intérêt, puisque nous travaillons parallèlement sur une plateforme électrique, qui est d’ores et déjà proposée par la marque Heuliez Bus.

M. M. : Quels arguments mettez-vous en avant aujourd’hui pour promouvoir le GNV ? 

O.M. : Si l’on prend le cas du Crossway GNV, Low Entry ou pas, qui me paraît répondre idéalement aux attentes dans les domaines du suburbain et du périurbain, nous enregistrons une diminution de 16% des émissions de CO2 par rapport au diesel, et nous descendons à -40% avec du biogaz. Les particules diminuent de 96%, les NOx se réduisent aussi, enfin, le bruit accuse une chute de trois décibels. Nous ne pouvons que croire aux possibilités de cette filière. Nous lancerons d’ailleurs prochainement de nouvelles lignes de production entièrement consacrées aux motorisations GNV dans notre usine de Bourbon Lancy. Enfin, aux vues de la maturité de cette filière, nous pensons qu’elle mérite d’être soutenue par le gouvernement.


M. M. : Les autorités organisatrice, au même titre que les opérateurs, s’inquiètent des surcoûts engendrés par cette transition énergétique, que leur répond l’industriel que vous êtes ?

O.M. : Dans l’urbain, en calculant sur une durée d’exploitation de quinze ans, une station GNV atteint sa rentabilité à partir d’une flotte de 30 véhicules, sachant que ces derniers accusent un surcoût de l’ordre de 20%, ce qui nous paraît relativement abordable. De fait, nous constatons que la bascule du diesel vers le GNV est en train de se faire dans l’urbain, et nous avons bon espoir sur les autres secteurs. Notre Crossway « classique » représente déjà 40% du marché européen sur le créneau de l’intercity, et nous ne doutons pas que les nouvelles versions proposées remportent le même succès.

M. M. : Quels sont vos principaux concurrents sur le marché du GNV ?

O.M. : En France, nous nous retrouvons régulièrement face à MAN ou à Mercedes-Benz. 

 

M. M. : Une autre technologie, l’hydrogène, apparaît très prometteuse à certains observateurs. Comment se positionne aujourd’hui Iveco Bus sur ce créneau ?

O.M. : Nous pensons pouvoir présenter des solutions hydrogène dignes de ce nom aux alentours de 2025. Mais pour l’instant, ni la technologie proprement dite, ni le réseau de distribution de ce carburant, ni les coûts d’exploitation ne nous paraissent encore matures.

 

M. M. : En dehors des nouvelles énergies, qu’elles sont les pistes technologiques suivies aujourd’hui par votre groupe ?

O.M. : Dans la télématique par exemple, nous participons activement à un groupe de travail au sein de l’UITP, qui vise au développement d’un protocole de communication entre les équipements embarqués, et ce à l’échelle européenne. Nous allons aussi lancer notre système Intellibus, qui trait l’information concernant le véhicule en temps réel, et le met directement à disposition de l’exploitant sur un serveur.

 

M. M. : Quel est, pour finir, votre point de vue d’industriel sur le développement du véhicule autonome ?

O.M. : En matière d’autonomie, je vois deux pistes qui peuvent être suivies. La première consiste en une autonomie totale, et nous aurons en 2019 la possibilité de présenter un véhicule de ce type. Plus prosaïquement, nous avons aussi un plan sur trois ou quatre ans, qui consistera à introduire diverses options technologiques d’autonomisation des véhicules « classiques ». Je pense que les technologies liées à l’autonomie vont très vite être disponibles. Je suis moins sûr que l’aspect législatif et réglementaire de cette révolution suivent au même rythme…

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