Claude Faucher, délégué général de l'UTP

L’UTP sur tous les fronts

L’Union des Transports Publics et ferroviaire (UTP) était au cœur des débats qui ont animé la fin 2017 autour de la mobilité. Quels sont les grands chantiers de l’année 2018 qui commence ? Entretien avec Claude Faucher, délégué général.

Mobilités Magazine : petit retour en arrière, du point de vue des adhérents de l’UTP, comment qualifier l’année 2017 ? 

Claude Faucher : cette année électorale a d’abord été marquée par la nomination d’Elisabeth Borne, ministre de plein exercice en charge des transports, ce qui correspondait exactement à nos préconisations. Nous en avons été doublement satisfaits car Madame Borne connaît très bien notre secteur. Mais, 2017 a aussi été l’année du début d’une transition aux multiples visages : énergétique, numérique, concurrence modale et préparation de l’ouverture à la concurrence ferroviaire et des services routiers en Ile-de-France. 

Nous sommes donc entrés dans une période de forte remise en cause : toutes les cartes sont rebattues. Face à cette évolution, en juin 2017, l’UTP a évolué pour accueillir de nouveaux acteurs de la mobilité durable au sens large (stationnement, vélo en libre-service, plateformes de services, etc.). Nous avons également finalisé, avec le Groupement des autorités responsables de transport (Gart, ndlr) et les autres partenaires, les Etats généraux de la mobilité durable engagés à l’été 2016, puis nous avons activement contribué aux Assises de la Mobilité. Parallèlement, nous avons poursuivi notre action en matière de dialogue social, qui a notamment abouti, en décembre dernier, à la signature d’un accord sur la sécurisation des parcours professionnels dans le transport urbain. 

M. M. :  l’UTP s’est beaucoup impliquée dans les Assises de la Mobilité, quels points de vue avez-vous tenus à défendre

plus particulièrement ? 

C.F. : les ateliers d’experts ont été importants pour l’UTP, car ils nous ont permis de porter nos idées. La quasi-totalité de nos propositions a été reprise dans les six rapports remis à la ministre, et nous en sommes satisfaits. Grâce à tout le travail fourni, nous sommes prêts pour les échéances de 2018. Cette année est comparable à ce que fut 1982 avec la Loti. Les sujets seront très nombreux, avec un fort impact social. Il nous faudra enfin suivre l’actualité européenne susceptible d’avoir un impact sur notre secteur : il ne faut pas oublier que plus de 80% de la législation en France découle de l’Union européenne. Le futur règlement sur les droits des passagers dans le ferroviaire, le volet technique du quatrième paquet ferroviaire, les questions relatives au numérique ou les travaux en cours sur la directive Accessibilité comptent parmi des sujets sur lesquels nous travaillons. 

M. M. : résultats de votre note de conjoncture de septembre 2017 laissait apparaître des disparités entre les réseaux, selon leur taille, notamment en matière de trafic. Le dernier trimestre 2017 a-t-il vu s’accentuer cette tendance ?

C.F. : dans les grands réseaux (plus de 250 000 habitants), les indicateurs se redressent avec une augmentation du trafic comme des recettes et une certaine maîtrise des coûts. Les réseaux de taille moyenne (de 50 000 à 100 000 habitants) souffrent, car leurs recettes sont étales, alors qu’ils ont des difficultés à réduire leurs coûts. Enfin, dans les réseaux de petite taille (moins de 50 000 habitants), les ratios s’améliorent, mais cela est dû au fait que nombre de ces réseaux ont dû réduire leur offre. Si nous constatons une amélioration globale, la flambée des immatriculations automobiles nous inquiète, car le pouvoir d’achat en kilomètre des ménages n’a jamais été aussi élevé ! 

Le point positif, c’est la dépénalisation du stationnement : elle va obliger les automobilistes à payer le juste prix de leur occupation de l’espace public. Dans ce contexte, les nouvelles mobilités, qui ont du mal à construire un modèle économique pérenne, ont besoin d’un cadre réglementaire permettant une régulation. Pour nous, la loi arrive à point nommé pour organiser tous ces modes, et nous souhaitons que l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer, ndlr) voit ses pouvoirs élargis. Nous évoluons, en effet, dans un univers de services de transport au sens large, et les collectivités englobent déjà l’ensemble de ces services dans leurs appels d’offres. Elles aussi ont besoin d’un cadre.  

 

M. M. : les premiers pas de la mise en œuvre de la loi NOTRe ont-ils eu des conséquences notables sur l’activité du secteur ?

C.F. : la donne a beaucoup changé puisque nous sommes passés d’un système à trois acteurs à une architecture reposant sur deux acteurs. Les régions se sont toutes saisies de leur compétence en matière de transport interurbain et scolaire, et elles devraient être renforcées dans leur démarche avec la loi d’orientation des mobilités. Pour autant, la mise en œuvre de cette évolution peut varier d’une région à l’autre, et l’intégration va se faire sur deux à trois ans. En revanche se pose la question de la compétence des régions sur l’infrastructure. Celle-ci devrait être clairement renforcée, afin qu’elles puissent mieux articuler les offres fer/route. 

 

M. M. : quelle est la recette promue par l’UTP ur la nécessité de combler les « déserts transports », comme l’évoquait votre président Thierry Mallet lors des dernières RNTP de Marseille ?

C.F. : nous pensons que les nouvelles mobilités, le vélo à assistance électrique, la voiture partagée, peuvent répondre aux besoins et aux attentes des habitants des espaces ruraux comme périurbains qualifiés de « déserts de mobilités ». Le véhicule autonome est une autre réponse possible, et nous avons la conviction que les premiers véhicules vraiment autonomes seront collectifs, et parfaitement adaptés à ces zones géographiques où la congestion est bien moindre que dans les agglomérations. De fait, lorsque l’on sait que, dans nos métiers, 70% des coûts d’exploitation sont liés à la masse salariale, on ne peut que conclure que la rentabilité de ces offres nouvelles sera trouvée plus rapidement. 

 

M. M. : quelle est l’action de l’UTP par rapport à la transition énergétique en cours ? Sur quels points accompagnez-vous vos adhérents ?

C.F. : nous travaillons essentiellement sur les aspects réglementaires de cette transition énergétique. Se posent en effet de nombreuses questions sur les dépôts ou la sécurité en matière d’incendie, par exemple. Il existe aussi un enjeu majeur en matière de normalisation des systèmes de recharge.

 

M. M. : jugez-vous vos adhérents économiquement capables  d’absorber sereinement cette évolution majeure ? Quelles conditions devraient être remplies?

C .F. : le surcoût initial de ces nouveaux matériels, et ce dans un contexte budgétaire contraint, se présente comme un problème majeur. Nous souhaitons donc le lancement d’un nouvel appel à projets par l’Etat, pour que les autorités organisatrices de la mobilité soient accompagnées dans leurs investissements pour les véhicules, mais aussi pour les dépôts et infrastructures nécessaires.

 

M. M. : les différents acteurs sont-ils prêts à l’ouverture à la concurrence du fer voyageurs ? Quels sont les points qui doivent encore être abordés, notamment au niveau social ?

C.F. : les acteurs se préparent, même s’il est parfois difficile de dire avec précision quand tout sera effectivement prêt. Nous constatons que des opérateurs étrangers comme Arriva ou NTR s’intéressent au marché français. Par ailleurs, nous notons que le coût d’entrée sur le marché des lignes à grande vitesse sera très élevé, pour une rentabilité pas évidente à cerner. Quant au TER, il devrait attirer beaucoup de candidats, d’autant que les collectivités auront aussi la possibilité d’opérer en régie. Ce chantier sera donc très important, et nécessitera un suivi attentif. 

TG Press9 rue du Gué - 92500 - Rueil-Malmaison

 

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