Bruno Gazeau, président de la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) :

" Quatre milliards par an

dans les rails pour le prochain quinquennat "

A l’approche de la présidentielle, Bruno Gazeau, le président de la Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports (Fnaut) insiste sur l’amélioration du réseau ferroviaire, première condition pour satisfaire des usagers de moins en moins silencieux.

Propos recueillis par  Hubert Heulot
Publié dans Mobilités Magazine N°3, avril 2017

 Un système ferroviaire aujourd’hui profondément dégradé, une offre de transport qui régresse, des suppressions de trains, des retards récurrents, un réseau qui se contracte et se démaille… Des constats parmi d’autres que faisait la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) à l’occasion du colloque Rail 2020, organisé fin septembre 2016. Elle demandait au gouvernement « de réformer en profondeur sa politique des transports et de prendre les mesures indispensables au redressement du système ferroviaire ». A l’approche de l’élection présidentielle, c’est l’occasion pour la fédération, par la voix de Bruno Gazeau, son président, de refaire le point. D’alerter aussi.

Mobilités Magazine : quel tableau dressez-vous, en cette période électorale de la situation des usagers des transports ?

Bruno Gazeau :  nos transports urbains sont très développés. Nos grandes villes, Strasbourg, Lyon, Toulouse, Nantes, Bordeaux, d’autres encore n’ont à rougir devant aucune autre en Europe. Mais beaucoup reste à faire pour leurs premières et deuxièmes couronnes. En somme, le Grand Paris est à faire partout. Les métropoles, grands centres économiques, ont besoin d’un véritable maillage de transports pour que leur bassin d’emplois fonctionne bien. Pour que dans les familles, si chacun change deux ou trois fois de métier dans sa vie, il puisse le faire dans la même ville. C’est la responsabilité des régions et des grandes agglomérations. L’autre sonnette d’alarme, nous la tirons à propos du réseau ferroviaire. La sécurité ferroviaire reste un souci. Pour avoir des trains qui roulent normalement et qui soient à l’heure, il faut consacrer 20% de plus d’argent à la régénération du réseau. De trois milliards par an, il faut passer à quatre. Il devient insupportable pour les usagers que des trains soient supprimés ou très en retard sans qu’ils soient avertis, ou que des grèves de 59 mn soient déclenchées sans prévenir. Que cela oblige les parents qui ratent l’heure de la crèche à garder leurs enfants à la maison. Tout cela devient intolérable. Qu’au moins, la SNCF dise : j’assume et je rembourse.
 

M. M. : en revendiquant, encore 20% de dépenses en plus sur le réseau ferré, alors qu’elles ont déjà augmenté, ne sacrifiez-vous pas à une tradition de la Fnaut : le « jamais assez » en matière ferroviaire ?

B.G. : non. D’une part, nous ne demandons pas une révolution. Tout juste un petit déplacement de curseur. Le Sénat vient de chiffrer à 100 milliards le coût de la pollution. Il en faut dix pour les besoins de mobilité. Le versement-transport en rapporte sept. Il faut le monter un peu. On a supprimé l’écotaxe. On la remplacera. Il faut taxer la pollution, l’accidentologie, la congestion mais de façon incitative et progressive. Finalement, 20% de plus dans le ferroviaire, c’est peu dans le cadre d’une mutation environnementale.
D’autre part, l’usager a changé. Tous ceux qui s’occupent de transports parlent d’ailleurs moins de clients aujourd’hui que d’usagers et ils ont raison. Parce que l’usager, avec l’avènement du smartphone et des réseaux sociaux, ne subit plus complètement les choses. Il agit. Il faut donc se préoccuper de ne pas le faire vivre dans un monde où sa santé est menacée. Il faut aussi s’inquiéter du service qui lui est apporté. Sinon, il peut réagir. C’est un peu ce qui nous donne un rôle particulier à la fédération. Nous sommes dans la qualité de service, là où les autres sont dans l’exécution du service.

M. M. : le représentant des usagers peut-il, néanmoins, en période électorale, parler au nom de l’ensemble du secteur de la mobilité ?

B.G. : nous faisons entendre notre petite musique sur la qualité des services. Mais nous avons de la chance. La mobilité intéresse beaucoup la société en général. Je le constate en me déplaçant dans les grandes villes et dans les régions, mais le sujet ne perce guère dans les débats nationaux. Pourtant, les questions sont de taille comme le besoin de financement. Nous venons d’en dire un mot. Comme la lutte, de plus en plus nécessaire, contre la pollution. Les transports publics en sont responsables pour 2%. Le reste, c’est la voiture. Et les données ? L’open data libre et gratuit, est-ce la solution ? L’enjeu, là, est peut-être bien plus mondial que national. Se posent, derrière, des questions d’évolutions des emplois liés à la mobilité. Tout cela peut concerner l’usager qui est aussi citoyen. Ces choix de société mériteraient plus de débats.

M. M. : quels moyens utilisez-vous pour faire entendre ces messages ?

B.G. : à notre niveau, outre le poids les usagers, nous n’avons que le pouvoir des mots. Il passe à travers les médias. La grande presse audiovisuelle et radio est sensible à la sécurité, à la montée des incivilités des transports, aux retards à cause des grèves et au traitement des usagers par la SNCF ainsi qu’à l’évolution de ses offres tarifaires.
J’habite Paris. Les caméras peuvent être en une heure chez moi. Là où le message est plus difficile à faire passer, c’est sur les mécanismes de fond du transport et de la mobilité. Il peut y avoir des dossiers spéciaux, à Capital ou ailleurs, souvent réalisés par des journalistes pigistes qui ne sont jamais les mêmes et à qui il faut tout réexpliquer. Il y a aussi les journalistes en charge des transports aux Echos, au Monde ou au Figaro. Je les rencontre tous les trois mois. Lors de déjeuners à bâtons rompus. Ils me rappellent quand ils rédigent un article sur un sujet donné. Qui paraît plutôt dans la version web de leur journal, plus que sur le support papier. Ces journalistes s’inspirent de ce qu’ils lisent dans la presse de notre secteur, comme vous. Il faut être présent auprès de tous. Voilà comment nous trouvons notre chemin dans le paysage médiatique.

 

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